10 octobre 2008
Fréquence BD
Ici retrouvez régulièrement quelques unes des dernières chroniques d'Albert Drandov...
mais pour mieux le connaitre commençons par une petite interview :
DE L’AUTRE COTE DU MICRO
Scoop
: notre chroniqueur BD, Albert Drandov, fait des bulles. A l’antenne,
mais aussi en album. Sa dernière livrée, comme scénariste, a failli
passer inaperçue. Failli seulement…
Alors comme ça, en plus de tes chroniques sur Marmite FM, tu nous fais des BD en cachette ?
Bah
oui, il faut bien se nourrir ! Sérieux… cet album est le résultat d’un
projet de cinq syndicats européens qui souhaitaient parler des effets
des délocalisations et des restructurations sur la santé des salariés.
En Espagne, en Grande Bretagne, en Hongrie, en Bulgarie et en France.
Grâce à un financement de l’Union européenne, la BD était destinée à
être distribuée gratuitement (en cinq langues et à 20 000 exemplaires)
auprès des délégués du personnel, des délégués syndicaux et de tous les
salariés qui sont sensibles à cette thématique. L’homme qui est à
l’origine de cette idée, un moujik nommé Pierre Coutaz, m’a contacté
après avoir lu ma BD « Amiante, chronique d’un crime social ». Il
voulait un scénariste qui ait un regard, disons pas trop syndicalo
-syndical. Le défi était donc d’écrire cinq histoires sur cinq pays
différents.
Et t’as plongé ?
Yes sir !
Les auditeurs l’ont sûrement remarqué depuis le temps, je suis un accro
de la BD…on va dire « sociétale ». De la BD ancrée dans le réel, qui
témoigne, de façon sérieuse ou ludique, de notre époque. Donc, ça
tombait pile poil avec ce que je faisais déjà dans la revue Casemate,
en compagnie du dessinateur Damien Roudeau, à savoir des reportages BD
sur la Justice, la police, la crise du logement, l’écologie, des luttes
sociales etc.
C’est quoi le plus dur dans un projet pareil ?
Vu
le nombre de partenaires, et leur diversité, c’est de pouvoir définir
un cahier des charges précis et ne pas se faire censurer ou, pire, ne
pas glisser dans l’auto -censure. On m’a alors dit que les syndicats
voulaient juste disposer d’un support original qui provoque le débat
sur ce thème. Que les lecteurs seraient des salariés, en gros, de 35-50
ans. J’ai donc eu carte blanche pour mes scénarios. Après, c’est sûr,
quand on a craché sa copie, on tombe toujours sur un grincheux du
comité de lecture international qui n’aime pas tel prénom, qui souhaite
que tel personnage ne fume pas, que « la dame dans la case 7 soit
dessinée plus mince » etc. Là, on discute ou on fait le mort…
Justement, pourquoi un dessinateur différent par histoire ?
Pour
que chaque histoire ait sa propre identité. Exemple : Marion Duclos,
une débutante talentueuse de Bordeaux, a un style semi-réaliste qui
collait bien avec mon histoire urbaine de jeunes travaillant dans un
centre d’appels téléphonique. Oriol Hernandez, un jeune espagnol qui
devrait rapidement explosé, a été champion pour nous faire un petit
gamin ibérique qui veut devenir « Super G », le superman de la grève !
Etc.
Et on la trouve où ta BD ?
On ne la trouve pas. Ou
plutôt on ne la trouve plus ! Les 10 000 exemplaires destinés au
partenaire français sont partis en un mois. Le public visé s’est jeté
dessus comme la vérole sur le bas clergé ! Il faut dire que la BD
arrive à un moment ou les délocalisations et les restructurations
pleuvent. On parle d’un éventuel retirage. Même chose pour la version
espagnole.
Qu’est-ce que tu nous mijotes après ça ?
Là,
je suis en train de terminer un album, avec le dessinateur brestois
Franckie Alarcon, sur les essais nucléaires français dans le Sahara et
en Polynésie. Et je mouline du cervelet sur trois autres BD, toujours
sur des histoires de notre époque. Mais que la foule en délire se
rassure: je ne lâche pas ma chronique BD sur Marmite FM.
Propos recueillis par Nouraddine Agne

Conteuse Monico – Pirouette





